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Sa
géographie, son histoire, son nom...
Elle ne fut pas toujours une île. Son insularité est même
relativement récente. Ce territoire appartenait autrefois à l’Aunis.
L’assemblée Constituante, dans son intention de supprimer les
anciennes provinces par trop «
royalistes » a
voté, le 26 janvier 1790, la division de celles-ci en départements
dont les contours naturels composés de rivières, fleuves ou montagnes
ont souvent donné leurs noms à ces nouvelles entités administratives.
La commune de Taugon-La Ronde avec ses marais bordés par
la Sèvre Niortaise
englobait un «
appendice »
qui devait devenir l’île de
la Chate.
Les
1ers plans précis relevés par les ingénieurs géographes Claude
Masse, 1720 et César François Cassini de Thury, en 1770, nous montrent
bien cette étendue entourée par un méandre de
la Sèvre
qui vient caresser la partie occidentale de Maillé. Il faut attendre
1812 pour trouver le 1er
cadastre dit Napoléonien établi par Mr Gantet, géomètre de 1ère
classe. La planche consacrée à ces marais inondables donne les
toponymes suivants: marais du Loup, marais du Pain perdu et marais de
la Chate. Un
appendice coincé entre
la Sèvre
et la digue construite de 1656 à 1662 prolongeait le marais du
Loup. Il portait le nom de marais Bourbon.
Les diverses sources écrites nous rappellent qu’en raison de la très
faible pente entre Niort et Marans, les eaux de
la Sèvre
mettaient très longtemps à s’écouler. De plus, les 24 bouchots ou
écluses à poissons connus au l9ème siècle entre Coulon et Marans
freinaient fortement l‘écoulement. Ces «
pêcheries »
dépendaient de vieux droits féodaux établis par les seigneurs
et religieux propriétaires et dessiccateurs des marais. Elles avaient
un rôle essentiel pour la nourriture et aussi un rôle économique
important pour les habitants dont c’était souvent le seul revenu
stable. On comptait localement les écluses-pêcheries de
la Croix
des Marys, du Loup, du Pain (ou Point) perdu et de Roulleau prés de
Sablon. Elles étaient construites avec des pieux enfoncés dans le bri
reliés par un fascinage le tout formant une digue comblée de terre et
de branchages. Elles fermaient pratiquement le cours des rivières
laissant passer par une chicane les barques et les chalands. Ce qui était
supportable en temps ordinaire devenait catastrophique en période de
crues. Pour effacer ces difficultés sans cesse évoquées mais jamais
solutionnées en raison des pressions exercées, les pouvoirs publics
demandèrent à l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Mesnager
de présenter un projet d’écoulement des eaux dans l‘ensemble du
bassin de
la Sèvre. Celui-ci
présenta en 1821 le fruit de son travail qui reprenait d’autres études
(déjà) reportées par manque de financement cachant souvent une réelle
volonté d’unité politique...
Ce projet présenté le 29 septembre 1821, approuvé par décision
ministérielle le 15 juillet 1822 prévoyait dans cette zone d’élargir
un fossé déjà existant au marais du Loup qui reliait au plus court la
boucle de
la Sèvre. Ce
fossé créait déjà un embryon d’insularité. Son «
plafond» ou largeur devait être de 40m. Le dossier ouvert,
ambitieux fut vite fermé malgré la crue désastreuse de 1816 qui était
à l’origine de l’étude.
En 1833, orchestrés par les préfets et les ingénieurs des Ponts et
Chaussées des Deux Sèvres Charente Inférieure et Vendée, les travaux
pharaoniques commencèrent en employant une forte main d’oeuvre
locale. Constitués par l’ordonnance royale du 24 août 1833, les 3
syndicats de marais participèrent activement et financièrement aux
travaux entrepris sur le cours de
la Sèvre.
Le
fossé du marais du Loup ramené dans un 1er
temps à 18m de plafond fut simplement creusé à 8m sur une
Longueur de 885m tout en modifiant légèrement le contour ouest de la
nouvelle île.. La mécanisation n’était pas née... tout était fait
main.. à bras d’homme et avec l’aide de la traction animale. On
venait malgré tout de gagner
3 kilomètres
de ralentissement des eaux
contournant boucle.
Les
fortes inondations de 1859, 1865, 1868, 1872, 1877 et 1885 soulevèrent
de nouvelles exigences d’évacuation. En 1877 un programme
d’approfondissement de la partie avale de la boucle de Maillé fut
envisagé.. sans suite... En
1897, la crue fut telle qu’il fallut attendre jusqu’au 25 mai pour évacuer à raison
de
2 centimètres
par jour les eaux de
la Sèvre
et ce pendant 45jours... C’en était trop. Les syndics appuyés par la
population obtinrent par décision du Ministre des travaux Publics, en
date du 30 avril 1898, l’approbation d’élargissement à 20m au
plafond de la déviation du fossé du Loup.. A cette époque, la mécanisation
était déjà performante. Elle facilita très sensiblement la pénibilité
des travaux tout en maîtrisant les coûts qui s’élevaient à 29 000
Frs.
L’île de
la Chate
était née et, avec ses
68 hectares
12 ares et 27 centiares, devenait avec ses soeurs Charrouin et de
la Carpe
, une particularité singulière de cette partie de
la Sèvre Niortaise.
La seule construction portée sur le plan de 1812 est celle du «Corps
de Garde» dont l’origine se perd dans la nuit des temps mais remonte
au moins à la féodalité. Construit sur une motte enserrée d’eau,
ce Corps de Garde servit d’octroi pour le prélèvement des taxes sur
les marchandises, les bestiaux et les personnes transitant entre
l’Aunis et le Bas Poitou... La date de 1883 gravée sur un linteau de
porte indique que ce mode d’impôt a traversé les siècles... C’est
probablement là que le célèbre Agrippa d’Aubigné rançonnait le
trafic fluvial pour financer ses projets et ses charges de chef de
guerre huguenot...
Les maraîchins de Taugon et de Maillé exploitèrent jusqu’au début
de la 2ème guerre mondiale cette île par les seuls moyens de la barque
pour transporter le matériel agricole, les récoltes de toutes sortes,
le bois de chauffage, les bêtes et les gens... Le ravitaillement des
habitants se faisait par ce même procédé... pain, épicerie,
marchandises diverses, transport de lait.. . Les
écoliers étaient rares, les mariés aussi mais le transport des morts
se faisait jusqu’au bourg de Maillé que l’on gagnait par le port
pour accéder par la venelle de
la Tudelle
(elle tue), l’église et le cimetière.
Des travaux importants entrepris par ta S.N.C. F. au canal de Pomère
permirent en 1928, la « récupération » du tablier du pont
servant au passage du train dans cette région. Transporté par chaland le tablier métallique à voutins de briques fut hissé sur des
pieux à vis, en béton, enfoncés jusqu’à refus dans le bri. Le
principe tout nouveau venait d’être inventé par Mr Gustave
Grimaud ingénieur maçon de Bouillé Courdault qui s’était
inspiré de la vis à bois... le pieu avait une extrémité munie
d’une vis sans fin métallique et était «vissé» à l’autre extrémité
grâce à sa section
hexagonale... et ce jusqu’à une dizaine de mètres... Ce fut
l’attraction du moment... les enfants accédaient au tablier par des
échelles métalliques... par jeu... les adultes «pestaient »...
Et on attendit… le pont fut appelé
« pont de
la Bade
»... le bien nommé...
Les culées furent enfin construites en
1939 grâce au recalibrage de la rigole de Bourneau, qui fournit
la pierre nécessaire... Jean Baptiste Mathe, René Baudin, Claude
Largeau et bien d’autres y participèrent... Les pierres transportées
par l’entreprise Bourguignon de
La Ronde
furent maçonnées par Claude Largeau...
C’est à cette même date que furent posés les garde-fous. S’engagèrent alors des pourparlers et négociations
sans fin pour créer un chemin d’accès… qui, évidement, n’existait pas encore. Chacun y allait de son commentaire et avait toutes les bonnes raisons de ne pas lâcher un mètre carré... finalement,
on finit par trouver le moins mauvais compromis pour un tracé de chemin
de propriétaires qui, jusqu’aux années 1960, resta de terre... fangeux et
bourbeux à souhait... Un syndicat de propriétaires vit le jour,
présidé par Jean Porcheron et avec l’appui très fort de Mr Mars, maire
de Taugon, le chemin fut pavé
de 1960 à 1962 au grand bonheur des usagers. Ces travaux furent
accompagnés d’un important programme et recalibrage des principaux fossés qui, dans les années 1970, furent, dans leurs parties busées, bordées par des
têtes de béton. L’année 2006 aura vu le lifting du pont et le
renforcement des culées.
Curieusement, cette île Charentaise
est desservie par
la Vendée... L
’eau potable,
la Poste
, les pompiers et même les gendarmes passent par Maillé (sans péage).
Bien qu’évoqué, son rattachement territorial à
la Vendée
n’est plus qu’une anecdote.
Mais pourquoi lui avoir donné le nom de
la Chate
(avec un seul t)… ?
Il faut bien se rendre à l’évidence, il n’y a rien d’écrit ni même
véhiculé oralement. Pourquoi ne pas lui avoir donnée le nom des
divisions connues en 1812: bois de l’Outarde au Sud, marais du Loup et
du Pain perdu (ou Point) perdu à l’ouest et avoir choisi celui du
marais de
la Chate
situé à l’est ? On peut penser que la tradition de ce toponyme était
ancrée dans les esprits et les moeurs
de nos aînés.
Qui a eu assez de poids pour décider de cette appellation? La réponse
risque de demeurer à jamais dans les vases de l’île... Cependant, il
faut bien apporter une possible « piste
» ne serait-ce que pour
les futurs hagiographes..
Seul ou presque, le dictionnaire de la langue française de E. Littré
de l’Académie Française édité par la librairie Hachette et Cie, en
1873, à Paris, apporte des éléments possibles.
En terme de chasse : chat ou chate haret est un chat sauvage, un
chat musqué genre civette ou aussi un chat domestique qui se retire
dans les bois.
En ichtyologie: c’est un nom commun à beaucoup de poissons.
En tissage: c’est un gros drap de basse qualité. Dans le marais on
cultivait le lin...
La flore locale parle de folles fleurs de noyers, de coudriers, de
saules...
En terme de pêche, et c’est là que nous fondons beaucoup d’espoir,
c’est un petit grappin pour retirer la lesture échappée du fond des
eaux
C’est aussi en terme de marine: chatte; cha-t’ une sorte de grappin
servant à accrocher au fond de l’eau une corde tendue par l’ancre
ou des cordages tombés dans une rade.
Châte: châ-t est à Marseille le nom des chalands, sorte de grands
bateaux. Les châtes sont des grands bateaux impropres d’ordinaires à
une vraie navigation et que l’on conserve dans le port à l’état de
docks flottants.. Faut-il y voir dans cette définition le relais de
digues ou écluses à poissons?
Chatte est également une espèce de grappin sans empattement qui,
attaché à l’extrémité du filet sert à en fixer la tête en se
piquant au fond de la mer.. Souvent il arrivait que des bateaux de seine
(filet de pêche triangulaire que l’on traîne sur des fonds sableux
peu profonds) pour avoir un droit de priorité sur les rivaux,
jetaient à la mer la chatte de leur filet et prétendaient avoir
commencé à déborder de la seine bien qu’il stationnassent longtemps
dans cette position là. Cependant, le fait de stationner sur la chatte
ne constitue à un bateau aucun droit de priorité.
C’est aussi une espèce de chasse-marée servant à la pêche (bâtiment
côtier à 3 mâts et à l’arrière rond).., par extension de sens, un
chasse-marée est aussi une voiture qui transporte le poisson à la mer.
Quand on pense aux centaines d’années d’occupation de la mer dans
ce qui est devenu le marais, le nom de chate fait bien penser à quelque
engin de pêche ou barque servant à celle-ci...
Dans un autre registre, on peut y voir également la racine de «
châtel» faisant référence
à un ancien castellum, du latin castrum, place forte construite en bois
ou en pierre… Est-ce l’origine de la motte du Corps de Garde? Sorte
de 1er fortin en bois faisant office de vigie et de contrôle
fluvial.
Jusqu’à plus ample renseigné et documenté, il nous reste à donner
notre langue au chat... |